Affichage des articles dont le libellé est Philippe Soupault ; Journal d'un fantôme ; rive droite ; rive gauche ; Paris ; 1945 ; 1946. Afficher tous les articles
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22 février 2026

Rive Droite, Philippe Soupault, 1946

Plus le temps passe, moins nous allons Rive Gauche. Pourtant, c'était à l'origine le cœur de nos explorations. Samedi dernier, nous sommes passés à L'Ecume des pages pour y quérir La Boîte à pêche de Maurice Genevoix.Je n'ai pas beaucoup photographié par là. J'aime pourtant la librairie Tschann, quelques passages du jardin du Luxembourg, le souvenir de ses flaques automnales. La Gare Montparnasse, avant qu'elle ne devienne un empilement de boutiques, sa voûte grise et son vide brut. Du côté du Bon Marché, il n'y a pas de refuge possible pour le passant. J'aime la place de l'abbé Hennocque pour sa boulangerie, hélas fermée le samedi après-midi... mais là-bas, est-ce encore la Rive Gauche ?
La Rive Droite me semble plus nerveuse, plus jeune. Pleine de possibilités photographiques. Côté librairies, je vais chez Ici, près de Bonne Nouvelle ou aux Arpenteurs, non loin de la rue des Martyrs. En ce moment, je relis une édition originale de Journal d'un fantôme, de Philippe Soupault que mon père m'a donnée (car elle contient différents dessins et se rattache indirectement au travail précocément surréaliste de l'auteur, son lien à André Breton, aux Editions du Sans-Pareil). Le livre court d'octobre 1945 à mars 1946. L'auteur, "fantôme", témoin bouleversé de l'immédiat après-guerre, consigne ses impressions, ses rencontres, la couleur du ciel, celle des rues. Souvent, on le suit près de l'Opéra, à Belleville, aux Lilas, mais aussi près des Champs-Elysées, vers Drouot, « très sensible à la “grande mélancolie des avenues“ ». Soupault évoque la grève des journaux, leur contenu quand ils reparaissent. La foule et la solitude recherchée par chacun, sous la pluie ou dans le coton d'un matin brumeux; la mendicité banale, le marché noir encore présent, l'antsémitisme qui s'écrit à la nuit tombée sur les murs du métro près de L'Etoile, les files d'attente aux portes des boulangeries. Les retrouvailles avec des amis littéraires : quasi tous ont été prisonniers de guerre ou internés. Les yeux bleus d'une vendeuse de mimosa et de roses des couloirs de métro qu'il a connu en 1928, un jour de chagrin.