31 mars 2026
Surimpressions inattendues
Ainsi donc, j'ai placé une pellicule dans le sténopé dimanche, un peu rapidement. Je me suis étonnée qu'elle soit montée à l'envers, cette pellicule, et qu'il soit difficile de l'armer (je suis préoccupée ces temps-ci, ceci explique cela). Mais bon an, mal an, nous voilà partis rue des Poissonniers, rue du Mont-Cenis, rue du Baigneur, au cimetière Saint-Vincent. Assez rapidement, le boîtier a donné des signes de faiblesse : la rotation de la bobine qui accrochait sec. "Mince ! Le jour est passé, l'affaire est fichue ! Trois vues de Montmartre dont deux inédites, quel dommage !" Il était plus de 17h00 alors et nous avons pressé le pas, car on avait de plus en plus froid. Rue Tourlaque, j'ai pris la dernière image, me disant : "Avec un peu de veine..." Vingt minutes plus tard, je versais la poudre matcha dans le blender. Nous savourions des madeleines pour nous requinquer, et la pellicule était négligée. J'ai procédé ce soir au développement. Sans surprise, la moitié du film est noire. Mais le reste est intéressant.
Cette pellicule a servi en septembre 2025. Ce matin-là, des jardiniers avaient arraché toutes les haies de notre ancienne résidence, sans que nous en ayons été avisés. Le choc pour chaque habitant a été grand. Personnellement, j'ai alors pris les choses moins tristement, car je savais que nous partions de là... et donc, j'ai fait des photos au sténopé, puis oublié que je les avais réalisées (j'étais déjà préoccupée par le déménagement). Sur cette vue, on voit au sol mon ombre en action.
Aujourd'hui, ces photos aux perspectives explosées, floues, me semblent irréelles, comme extraites d'un songe ou d'un passé comme gondolé par la chaleur d'un feu de campagne.
Sur certaines d'entre elles, la surexposition avec la sortie montmartroise est soupçonnable, il faut juste pencher la tête... ou changer les degrés.
A droite, des boutiques fermées, rideaux de fer descendus.
C'est un beau ratage, mais malgré tout, ça me plaît bien, car se superposent deux époques importantes. La dernière image est composée de la maison perdue, sur le côté droit de l'image. Sur le côté gauche, en tournant l'image à 180° on distingue une des demeures qui cernent le cimetière Saint-Vincent. Réjouissant !
A la manière des cartes à jouer.
30 mars 2026
La mémoire sans les photos
Hier, durant une heure, au téléphone, j'ai musé dans les chemins vicinaux de mon passé, là où ma mère avait grandi dans les années 1950. Là où ses parents s'étaient finalement établis à la retraite. Là où mon frère et moi avons passé l'essentiel de nos vacances. Mes parents s'étaient décidés à parcourir la trentaine de kilomètres qui les séparent de ce village, au motif de repeindre le numéro de concession de leur future sépulture, effacé par le temps. Soit. Ma mère avait ensuite exprimé l'envie de revenir à l'écluse, où elle avait passé bien des moments dans son enfance. Sans Google Earth cette fois - un de mes outils web préférés - j'ai traversé le bourg, je suis descendue vers le lavoir en empruntant la rue de la frairie. Ce n'était plus la balade familiale et joyeusement désordonnée d'autrefois, mais le cheminement de mes deux parents, aidés de leurs cannes, courbés par le temps, exposés au soleil direct de mars. En écoutant ma mère, je revoyais chaque maison, ré-entendais les couinements d'un chien battu non loin, et notre révolte vaine d'alors revint. M'apparut alors le fameux champ fleuri de pentecôtes dont ma mère rêvait qu'il accueille un jour sa maison. Lui évoquant cette anecdote, elle me contredit aussi vite : "Ce champ ? Moi ? Une maison ? Pas du tout ! Je disais que j'aimerais qu'on y répande un jour mes cendres !". Dernière nouvelle, mais bon, depuis son salut d'un AVC hémorragique, quelques souvenirs ont été inondés et perdus. Ce qui reste est d'autant plus précieux. Tout en cheminant vers l'écluse, nous évoquons son sentier en pente, plein d'embûches, parcouru autrefois à cette période de coucous, de stellaires, de pissenlits, de boutons d'or et de jacinthes. La dernière fois que j'y suis passée, il y a cinq ans environ, il était presque impraticable et n'aboutissait plus à l'écluse, comme empêché par la végétation folle de l'été. J'en avais été dépitée. Cette fois, mes parents ont su se frayer un passage et ont atteint le pont qui enjambe la Vonne. L'eau frappait sa pierre, l'éclaboussait. Tout cela me parlait si clairement, je m'attardais à cet endroit quand l'été s'étire, l'eau y est dormante, les nenuphars sont posés sur le sable. Libellules, lézards, éphémères. "Tout est construit, de l'autre côté de l'écluse ! On n'a pas pu remonter par l'autre côté ! Chaque jardin a son trampoline, c'est affreux". L'autre côté... C'était une montée lente, jacassante de poules effarées par notre passage, qui aboutissait à une clairière bordée de hauts châtaigniers. "La ferme des Manson ! nos futurs voisins au cimetière !". La suite de l'appel s'est échevelée en réminiscences interminables : les énormes rochers ronds tapissés de mousse qui bordent la rivière, sur lesquels mon cousin téméraire grimpait; les champignons rosés que nous cueillions certains matins brumeux dans les champs qui y convergeaient...
Quelques heures auparavant, nous faisions des photos au sténopé du côté de la rue du Baigneur. Passant près du cimetière Saint-Vincent, nous y déposions le trépied. Une dame contemplait les frondaisons et nous parla sans tarder de son enfance en Tunisie. Elle grimpait dans les oliviers, les amandiers, comme celui-ci et mangeait les amandes quand elles sont toutes vertes. Elle évoqua les cimetières, qu'elle aime parcourir : "C'est apaisant". Les tombes tunisiennes sont toutes peintes en blanc, dénuées le plus souvent de végétation. Celle de son père, qui aimait autant qu'elle la nature ne l'est pas. Un arbre y est né. Il est bien haut aujourd'hui. L'émotion était dans ses yeux, elle s'en excusa, on se salua. Le Lapin agile fume juste derrière les murs du cimetière. Anouk Aimée y repose maintenant. Je dois développer la pellicule.
29 mars 2026
Sans calcul, les femmes et leur corps
Il y a tant de choses à écrire ici que je n'écris pas. D'abord, je ne vous connais pas. Peu d'entre vous me connaissent en retour. Alors, pourquoi irais-je vraiment exprimer ce qui se passe réellement et ce qui me ronge ? Les statistiques de Blogger schématisent un panel de lecteurs-regardeurs qui me semble des plus improbables. Que faire ? Vous demander qui vous êtes réellement : Tirez la langue, lecteurs-regardeurs et dites Aaaah !, vous qui semblez apprécier mes fantaisies sans jamais vous fendre d'un commentaire. Dois-je caparaçonner chaque image publiée d'un filigrane imperceptible en plus de métadonnées soignées, la doter d'une goutte de Nightshade ou recourir à Glaze pour que les entraîneurs d'IA n'y comprennent plus rien, à chaque larcin ? Je ne sais pas. Je me sens bien en dehors de ce monde virtuel. Ça ne me ressemble pas, je n'ai jamais rien calculé.
Je lis actuellement la reparution d'un classique féministe : La Graine, de Jacqueline Manicom. Sage-femme dans les années 1970, l'auteure adhère au MLF, crée le premier planning familial guadeloupéen et témoigne au procès de Bobigny aux côtés de Gisèle Halimi, apportant des détails d'une efficacité glaçante sur les suite des avortements clandestins. Elle raconte dans ce texte son métier, sa condition de blouse rose, sa situation d'Antillaise dans l'organisation de la clinique Sainte-Cécile. La réalité des vies des femmes, trop souvent soumises aux diktats d'un mari ou d'un médecin de famille (hostiles à tout type de contraception). Le corps des femmes est ainsi décrit, dans sa vulnérabilité, traversé, purement procréateur. Des milliers de vies toutes tracées, des corps abusés politiquement (c'est mon ressenti). Le chef de la clinique ne raisonne qu'en termes de statistiques. Egalement chaque métier est raconté : les trois Antillais chargés du ménage (récurer les plinthes, serpiller les sols, servir les petits déjeuners et faire les quarante chambres des patientes en une matinée, qu'attendre d'autre d'une femme inculte envoyée par le BUMIDOM ?). Il y a aussi de l'ironie bien sentie dans ces pages, notamment dans le portrait d'un interne "enceinte-d'une-agrégation" qu'il ne décrochera jamais. La fatigue et l'usure, le découragement : après avoir enchaîné neuf accouchements dans une nuit, être totalement compétente et pourtant non autorisée à utiliser les forceps, quand l'interne est incapable de les manier lui-même. En lisant ce texte, je repense aux sage-femmes de ma vie, au schéma organisationnel d'une clinique privée comparable passé l'an 2000, à Sainte-Cécile.
Extrait : "Chambre numéro 1-2 : tout va bien. Mme Ben Abdallah est arabe, elle a vingt-trois ans, elle est mère de cinq enfants. Mme Leconte, sa voisine, est française, elle a vingt-cinq ans, et elle a accouché il y a deux jours de son premier. C'est l'heure de la tétée et la femme arabe a coincé son petit entre ses cuisses pour lui donner un sein devenu si long et si volumineux que le nourrisson ne peut y accéder qu'installé à bonne distance de la place habituelle. Mme Leconte, blonde, décolorée, sympathique et joliment fardée, n'allaite pas ce premier bébé. Aussi le petit Français tire, lui, vigoureusement, sur une tétine en caoutchouc."
Une pellicule de sténopé est en attente de développement, sinon. Tout cela parle de naissance, finalement. Est-ce après cela que je cours, en photographiant toujours ?
25 mars 2026
Des images, se faire des films
Parmi les images cinématographiques qui m'ont le plus impressionnées et qui m'ont donné envie de faire des photos, figure le dernier quart de Tirez sur le pianiste ! Charbonneux au début, le film devient de plus en plus clair : le drame n'en est que plus impactant. Les cadrages me rappellent ceux de Vallotton, notamment ceux de ses lithographies. J'ai lu tout récemment que Truffaut avait décidé d'adapter le roman de David Goodis pour cette tanière perdue dans la neige. Extrait : "Lentement il se mit à avancer à travers la clairière. La nuit était si noire qu'il distinguait à peine les contours de la maison. Il avait l'impression qu'elle était très éloignée et qu'il allait s'effondrer avant que d'y être arrivé. Péniblement, il se frayait un chemin à travers la neige. Les flocons descendaient toujours : le vent s'acharnait contre lui, cinglant sa figure, pénétrant sous son pardessus. Eddie eut envie de s'asseoir dans la neige pour souffler. Au même instant, un faisceau lumineux l'aveugla" etc.
Blow up figure aussi dans les films importants pour ma pratique photographique. Outre l'originalité du scenario, j'aime la représentation du photographe, ses nécessités, ses obsessions En suivant Thomas, je me dis : c'est exactement ça (la manière dont est traitée l'image argentique, l'importance d'agrandir une image, celle du détail, le moment où on doute de ce que l'on voit). Et puis la partie de tennis finale, surréaliste.
J'ajoute le grand oublié de cette liste cinéphile : Auggie, vendeur de cigarillos dans Brooklyn.
22 mars 2026
Encore des mots, toujours des mots
Inventaire des plantations : un cocotier - trois altéas - un pied de dahlia cactus chat noir - cinq primevères auricules - deux pieds de thym - trois pieds de menthe - un pied d'hysope - un pied d'estragon - trois agapanthes bleues - un figuier - trois pieds d'iris - deux fleurs alpines - un cognassier du Japon rose - un cognassier du Japon orange - trois hortensias (deux roses, un blanc) - un pied de pivoine - une anémone du Japon blanche - un camélia simple rouge - une fougère commensale du camélia - un pot de lierre - des cyclamens nains - deux pieds de framboisier - un pied de chèvrefeuille - un lis des Andes - deux lis classiques - une rose trémière sombre - un pied d'arbre à papillons - un troêne - deux lauriers-sauce - des narcisses - six amaryllis / Inventaire des cultures : zinnias graffiti - zinnias géants - jacaranda - cosmos - amaryllis / Inventaire des images mentales : les ongles en deuil (terreau) avant que d'être brossés - La lumière filtrée par les feuilles de marronniers du cimetière - le nuage gris de fumée pestilentielle qui nous tomba dessus alors que nous cherchions la tombe d'Alphonse Allais et mon amusement à l'idée d'être saurés à la pyrolyse du crematorium - l'herbe fine et vert cru - le chat se tortillant au soleil sur la terre grise - la lumière du soir, dorée et poussiéreuse - la relecture ensemble (toi Pablo, moi Aya) de l'œuvre du très regretté Clément Oubrerie - le plateau de pâtisseries offert par un voisin, pour fêter la fin de l'Aïd - Dubaï, l'an dernier.
Des végétaux qui nous ont suivis ici, aucun n'a péri durant l'hiver. Quand nous partirons, nous les laisserons.
Nous ne savons pas où nous serons. Si nous serons encore ; comment savoir ? La maison est sur le toit, c'est comme un rêve. Je pense souvent que c'est immérité, comme les jolies choses qui sont arrivées. Mes préoccupations ne seront pas clairement inventoriées.
Le fruit du jacaranda a tout d'une huître plate, végétale, pleine de graines, comme lyophilisées.
20 mars 2026
Godefroy
Même si j'ai passé l'âge d'être sifflée dans la rue, la chose m'est arrivée tout récemment. Eh oui, même si l'époque n'est plus à siffler les filles, il y a, dans mon nouveau quartier, quelqu'un qui persiste à continuer cette drague canaille. Son sifflement, je l'ai entendu la première fois un matin, alors que je sortais mon vélo. Et puis quand je suis rentrée, bis repetita. Et ainsi, plusieurs jours. A tel point que je me suis demandée quel était cet oiseau, au chant rond, enchanteur, joyeux.
Ce n'était pas le coq du quartier :
Ce n'était pas plus un des corbeaux sectorisant les toits environnants :
Je commençai à en parler à la maison. Oui, il y a un oiseau dans le coin sans doute exotique. Il fait "ilooouuuupe ! Oulipooooo !". On sourit et on voulut bien me croire. Je le rêvai tel un perroquet (car j'adore les perroquets depuis toujours !). Je l'imaginais comme ça :
Et mercredi, alors que je rentrais, j'entends l'oiseau siffler. Aussitôt, je l'imite. Un silence. Il siffle. Je l'imite. Il module. Je remodule. Il siffle comme la première fois, je siffle comme la seconde, il varie son chant, longuement, histoire de me défier, je réplique du tac-au-tac en jubilant. Et là, j'entends un voix d'homme gueuler à son emplumé : "Tais-toi !". Je me tiens en contrebas, sonnée, les mains accrochées au guidon, dans l'épaisseur du silence du maton, à attendre le prochain chant. Mais rien ne vient plus. Dépitée, je rentre à la maison.
Tout en verrouillant mon antivol, j'imagine l'oiseau dans sa cage, la cervelle bouillonnante de sons:
Aujourd'hui, nous avons été au pied de l'immeuble prendre des nouvelles. Comme j'en rêvais, c'est un merveilleux perroquet gris du Gabon, et nous l'appelons Godefroy.
Racontant cette petite histoire à mes parents, mon père me narre un souvenir dont lui seul a le secret : Autrefois, j'ai visité une cliente, qui avait à ses pieds un roquet. L'animal n'arrêtait pas d'aboyer, c'était gênant, mais elle n'y prêtait aucune attention. Au bout d'un moment, voyant que ce chien me fatiguait, elle me dit : "Ce n'est pas lui qui aboie, c'est mon perroquet". En effet, au fond de la pièce, dans une cage, un oiseau aboyait. Le roquet, lui, était muet.
15 mars 2026
Bande-son d'une vie (Apache, version Al Caiola)
Il est des musiques pareilles aux rencontres majeures : elles vous tombent dessus sans prévenir, vous semblent évidentes, incontournables. Et même quand le morceau est fini, on l'a pour toujours dans la peau. Ça ne meurt pas. Ainsi, Wanna Be a Baller de Doc Loc and The Swangers. La petite vidéo de l'enregistrement me plaît toujours autant, malgré bien une centaine de visionnages. C'est tout bonnement inusable. A Soapbox Opera, de Supertramp me bouleverse en ce moment, quelque chose dans la mélodie, un truc indéfinissable, qui peut-être m'aurait laissée indifférente il y a quelque temps. Et dans deux mois, deux ans, allez savoir, cet air surgira à la radio ou ailleurs, et ma mémoire restituera la coloration de ce début 2026 : ce jour de mars, son soleil pris dans un voile mauritanien.
Chez Cabrel, je reste absolument addict de l'album Hors-saison, un de ses plus inspirés, de ses plus mélancoliques aussi. Des années d'écoute. Les musiques de films de François de Roubaix me font perdre dix lustres et je ressens l'aura paternelle si douce. La légèreté de mes sandales de daim rose pâle quand je dévalais les escaliers. Le croustillant des Granola, quand je les avalais l'hiver. Leur chocolat fondant dangereusement l'été, les agglomérant. La force de remémoration de la musique est fabuleuse. Je l'entretiens en toute inconscience, naturellement, car mes rêves nocturnes sont animés d'une bande-son de la musique captée dans la journée. Sur une célèbre plateforme musicale, j'aligne ainsi les playlists cumulant des jours et des nuits d'écoute. Zombie des Cranberries à l'instant, pour quel scénario la nuit prochaine ? J'ai hâte ! Playlists : l'une d'entre elles rassemble des musiques ayant marqué mon enfance (avec force musiques indiennes), une autre s'appelle "mon coeur bat", car j'avais besoin d'un surcroît de pulsations à sa création. Une autre est nommée "En attendant D" : elle regroupe des musiques rassemblées comme autant de pattes de lapin lorsque D passait un oral décisif. Ce garçon a la pépie du mélomane, il remplit d'ailleurs régulièrement une escarcelle dédiée de tout ce qui lui a tapé dans l'oreille. Nous y piochons à l'envi. Via D est arrivé Wanna Be a Baller.
La musique est ainsi aussi présente chez moi que le sont les livres, mes anxyolitiques (autrefois, on s'est même amusés à faire de la livromancie, prenant un ouvrage au hasard, pour en extraire un passage dont la prophétie était troublante). Les musiques donc emplissent l'espace, en débordent même.
Que serait la vie sans ces poches musicales personnelles, sans ces captures d'écran de notre passé ?
Depuis des années, nous recourons à une arène de jeux à la feutrine vert anglais + deux dés aux irisations fines, piochés au hasard dans une bourse de velours remplie d'autres dés, chaque semaine. Chacun les jette, et selon une règle du jeu très détaillée - un peu vacharde, ce ne serait pas drôle sinon - l'un de nous peut choisir une musique. Prendre le tour de quelqu'un, être privé de choix durant cinq tours, être omnipuissant (car on a fait un double six) et jouer plusieurs fois d'affilée. Cette institution ludique nous a permis d'échanger entre nous bien des mélodies de nos discographies respectives. V passe souvent Forever Young d'Alphaville, qui était un tube quand j'avais son âge. Chaque écoute me grise et me tort à la fois le cœur.
11 mars 2026
Chats d'Athènes
L'heure est au sac de voyage, aux petits paquets de loukoums à partager. Je rapporte de ce nouveau passage à Athènes des souvenirs très heureux : le vent frais de mars, des graines inconnues d'un arbre du jardin national, la joie d'être retournée au Lycabette, l'envie de trouver très vite un livre qui parle de l'histoire contemporaine de la ville, de ses quartiers et habitants. Le projet de revenir et d'explorer mieux les stoas parfois splendides, de retourner se régaler chez Kostas, et chez One Tea, champion du thé matcha athénien, etc.
Mais l'heure est surtout aux présentations des interprètes locaux, auxquels ce blog doit beaucoup :
Tout d'abord, remercions Anasthasios Ourano, qui vit à Neo Psychiko et assure la sécurité du pâté de maisons :
Egalement, Andreas Skia, qui nous a guidés du côté de Gazi :
Sans Angeliki Seliniakos, nous n'aurions pas rejoint ce matin la plage des nudistes de Voula :
Athéna Mouliasma nous a dissuadés de suivre un troupeau de touristes se dirigeant vers l'Acropole. Qu'elle en soit bénie :
Comment oublier Dimitrios Gerontikos, qui nous guida vers un banc ensoleillé quand nous étions ralaplas ?
Gardienne de la stoa art déco jaune pâle adorée, Efinia Tsekenis parlait la langue des cygnes :
Sur le Lycabette, Elenas Iremia nous a donnés une leçon de sagesse :
Le jeune Georgios Agapi aurait apprécié de partager ma spanakopita, non loin de Psirri :
Gregoris Ekdikitis a voulu nous faire découvrir Neo Psychiko by night, nous avons décliné :
Le pelage subtilement gris de Hristo Nkri Synnefo m'a fait rêver d'orages et d'étain :
Sans hésiter, Ioanna Fantasma nous a indiqués le chemin du parc des joueurs de cartes de Sepolia :
Du côté du temple d'Hephaistos, Katerina Kladaki nous a menés chez un fabricant de cierges et d'encens :
Konstantina Kokaïni sait qu'elle est le sosie de notre chatte Cocaïne. Depuis elle projette de griffer des autographes au pied de l'Acropole :
Léonidas Alévri écoute le bruit du monde du haut de l'Acropole et capte mes pensées les plus fugaces, c'est pourquoi il fait cette tête :
Manolis Tempelis vit non loin du petit bazar en contrebas de Neo Psychiko, où l'on ne vend pas de bouillottes:
A Voula, la candide Melina Pouli nous a montrés des coquelicots aussi sombres que le sang d'un agneau des Halles centrales d'Athènes :
De tous, Oreste Portokali Fidi fut le plus expéditif des guides de la ville :
Panayotis Erpeto est disponible 24h sur 24, du côté de Gazi :
Paraskevi Anotatos nous montra la boucherie de quartier tout près de l'hôtel, avec insistance :
Oublions l'erreur de Thanos Arpagas, qui nous perdit dans Colona quand nous n'en pouvions déjà plus de l'odeur des huiles de moteur :
Petros Skieros, guide indifférent, un peu crâneur, nous a laissés une forte impression :
Stavros Pygmachos : tu as une sacrée gueule de lutteur ! Check!
Dans les quartiers cossus de Glyfada, Theodoros Diktatoras a la vie belle :
Vassilis Alepou voulait nous faire chasser des papillons :
Vesilarios Papadiochos vit à Kolonaki et aime indiquer aux touristes l'heure de parade des Evzones de la place toute proche :
Yorgos Sconimelani est un délinquant juvénile en reconversion, employé au cimetière d'Athènes :
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