08 mars 2026
Attique stories
L'air était vif, le soleil caressant, le ciel dégagé. Tu m'as dit : On va voir la mer ? Et passé la lessive au lavomatic d'Ampelokipi, nous voilà partis. Depuis son QG, Manolis Tempélis nous a fait une petite salutation.
Dans le métro aérien, je pensais à la population philippine d'Ampelokipi, côtoyée à chaque passage à la laverie. Depuis Neo Faliro, on a sauté dans le tram orange qui longe la côte jusqu'à Voula (que nous connaissons bien déjà).
Un vieux pêcheur portait toute son attention à sa ligne. Des enfants parcouraient le quai à vélo. C'était paisible à souhait.
Un autre pêcheur fixait à son hameçon du pain et pêchait sans canne. Tout semblait âpre et essentiel pour lui.
Plus loin, deux copains s'exerçaient.
Il y avait tout à savourer dans ce dimanche clair.
Rentrant vers Athènes, nous avons testé notre troisième thé matcha, chez Chai Tea. Le thé au lait était correct, mais vendu avec des quartiers de mangue écrasée, qui parfumaient tout symboliquement la boisson. Donc bof. La veille, nous avions testé Fun Joy, bar à bubble teas assez cool. Mais côté tapioca, les billes sont sucrées : quelle erreur ! Le thé matcha était correct et crémeux, sans plus. L'avant-veille, nous avions initié notre banc d'essai chez My Tea. Sans chichi, le bar est caché dans une petite rue, on peut s'y attarder tranquillou et siroter un matcha assez léger, fluide, mais généreux en tapioca neutre à moins de 4 euros la boisson, ce qui distingue cette échoppe des autres. C'est à ce jour notre chouchou.
Note post : nous avons testé Share Wish, Bubbletale et One tea par la suite qui tient la timbale, perfect !
Nous menons également une présélection de loukoums, mais c'est off ici.
06 mars 2026
Athènes, de marbre frissonnante
Rassurés par l'issue du périple de notre fils, nous avons pu ce soir commencer vraiment à nous sentir en vacances. Le vieux cimetière d'Athènes, non loin du stade olympique : telle a été notre première vraie découverte. Immense, doté de plusieurs parcelles, il s'ouvre sur un secteur dit de luxe, à la statuaire raffinée. La végétation méditerranéenne, les volumes mêmes du site en font un lieu agréable.
Des caveaux monumentaux, des dizaines de bustes de notables, de gradés militaires, parfois d'enfants ou de bébés. Des gisants ou des petites Acropoles en marbre blanc. En offrande, des fleurs séchées, des anémones opulentes. Le reflet d'une bourgeoisie athénienne de la fin du XIXe siècle, bien installée.
Il y a chez les chats d'Athènes et plus largement chez tous les chats du monde deux catégories : ceux qui se méfient de nous, et trottent menu, oreilles en arrière, pour nous éviter. Et ceux qui nous cherchent, qui nous collent. Ici Yorgos Sconimélanis, un jeune chat de cimetière, dont on se doute qu'il restera sa vie durant dans ce jardin éternel.
Aux abords de ce cimetière, plusieurs entreprises poursuivent l'œuvre de leurs aînés, la sculpture funéraire.
Pour le reste, nous retrouvons nos marques dans la ville.
01 mars 2026
Une tartine de houmous en suivant les infos
Houmous, tteokbokki, café décaféiné, bubble teas : telle était notre feuille de route initiale. À cela s'ajoutait une zlabia, si nous en trouvions une qui nous semble merveilleuse. Le soleil inondait la ville. Rue Hermel, nous avons pris notre barquette hebdomadaire de houmous, si délicieux quand on le tartine sur du pain grillé. De là, nous avons bifurqué vers Lariboisière et avons rejoint la rue Louis Blanc. Le petit fleuriste indien vendait ses guirlandes de soucis jaunes, de soucis orange. J'ai pensé au mollah Ali Kameinei, à sa ressemblance avec mon père, car je préférais en sourire. Les restaurants indiens accueillaient encore du monde, pour autant, pas de photo. Nous sommes ensuite passés place du Colonel Fabien, puis avons marché jusqu'à Paris Store. En chemin, des prostituées chinoises sur la voie centrale. Au supermarché, nous avons trouvé les tteokbokki* ensachés par lots, conservables dans un placard. Rue Faubourg du Temple, nous avions le soleil en pleine face. Première image, constat exaspérant : les femmes, dévolues au ménage ; aux hommes les boxers.
De là, à République, nous avons trouvé des shiitakés** et quelques autres légumes. Plein les pattes. Auxiliaire, métro : départ de la ligne 3 jusqu'à Caumartin. Un musicien interprétait brillamment un air que j'ai attribué par erreur à Prince. Il résonne en moi, pas cap de l'identifier.
Comptoirs Richard Lafayette : la vendeuse a les avant-bras tatoués de feuillages de caféier. En la quittant, je t'ai évoqué notre Dubaïote. Sur Whatsapp à 14h00,je lui avais fait part de mon inquiétude, le jeune homme avait trouvé les mots, comme toujours. Ma pensée trois heures plus tard : Ces dingues sont capables de viser la Palme de Jumeirah, tellement emblématique des EAU. Comme ton fils, tu m'as rassurée.
Aux bubble teas, la jeunesse, par petits groupes. Dégustations. Je t'ai dit : On est vraiment les seuls vieux à venir ici ! Tu t'es marré, nous sommes repartis avec nos trois thés.
Dans le métro du retour, j'ai songé à ce bâtiment comme en accordéon, bien beau, du côté du Faubourg du Temple :
Nous avons vite appris que la Palme avait été atteinte. Contacté, notre fils nous a aussitôt envoyé une vidéo de son environnement : paisible.
Ce matin, sur la 14, un jeune homme finissait sa nuit : il exhalait le vin blanc. Le parfum des jacinthes blanches de son bouquet ne surpassait pas cette odeur déplaisante. Je me suis demandée comment lui et son bouquet allaient être accueillis.
Depuis, je suis rivée aux infos du Moyen Orient. De la terrasse, je regarde s'effilocher les nuages, poussés par le vent. Les enfants grandissent et s'en vont, de par le monde. C'est chose normale. Et celui-là n'est vraiment pas ordinaire. Le chat Sirli*** est allongé près de moi, ses yeux semblent très rehaussés de khôl, son poil dansote (l'air est vif). Quand nous étions en rez-de-jardin, nous vivions avec les moineaux, les mésanges, les rouges-gorges, les geais. Les insectes. Nos chats étaient alors de terribles prédateurs. Quelques pies révoltaient Sirli quand elles chipaient quelques croquettes à la fenêtre. Depuis que nous sommes perchés en étages, corbeaux, pigeons et pies composent notre gent ailée. Sirli les craint, se terre sous le canapé. Observe parfois le coq, les poules en contrebas. Quelques hirondelles filent au loin dans le ciel bleu pâle. Ci-dessous, mon masque cage d'oiseaux, fait dans le projet Students with masks.
À la question : Combien de fenêtres sont devant nous, penses-tu ? Tu me réponds : Oh, facilement six cents.
Très tôt, nous en avons remarqué une, Lynchienne : sa lumière, certaines nuits, tressaute follement, sans arrêt, comme nous faisant de l'œil, comme dans Parasite, mais ce braille est incompréhensible.
D'autres fenêtres ont leurs vélos clivés sur des balcons étriqués.
Au petit-déjeuner, peu sont encore allumées. Tout le monde est déjà parti travailler, quand nous, nous étalons notre houmous sur notre pain grillé, en sondant l'horizon, un peu flou.
Dans notre environnement gentrifié.
*Pour la recette :
mélanger trois gousses d'ail hachées à une grosse cuillère à soupe de gochujang + 4 cuillères à soupe de soja + une lampée d'huile de sésame. Placer les tteokbokki dans une poêle, les recouvrir d'eau, et diluer la préparation ail etc. dans cette eau. Faire cuire à feu moyen en mélangeant de temps à autre. A côté, faire cuire des oeufs durs, les écaler et les noyer enfin dans la cuisson des tteokbokki. Consommer ce plat brûlant.
** 3 suffisent pour parfumer une omelette, ce n'est pas la ruine.
*** Sirli : nom donné à une variété d'alouette
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