Des mois durant, je n'ai plus rien photographié de la rue.
Ma pratique avait été régulière durant six ans, passionnée même.
Le Covid a tout stoppé.
Après ça, quand il a été permis de sortir enfin à peu près librement, la rue m'a semblé terne, sans humeur ni esprit. Je ne retrouvais plus les mêmes hasards qu'autrefois. Ni la beauté de l'ordinaire. Mais surtout, je n'avais plus envie de photographier les inconnus. Les touristes n'emballaient plus Paris dans leurs artifices, les passants simples semblaient anémiés et tant de fermetures de magasins fournissaient des arrière-plans de lendemains de guerre.
Pire : je me sentais intrusive, aussi, à l'exception d'une ou deux sorties, je renonçais à cette exploration de la ville.
J'ai fait d'autres choses et ce furent de bons moments.
Cet été, en allant acheter du thé ou du chocolat, j'ai eu deux ou trois scènes intéressantes, mais je n'avais rien en mains pour les immortaliser.
Alors mon vieux Fuji* est sorti, moi avec.
Et quitte à prendre des photos, autant les animer d'un texte, qui trace le contexte. D'où cet espace.
J'écris ces mots au lendemain de la balade. Il fait très chaud, j'enchaîne les cyanotypes de photos anciennes tandis qu'un gros ventilo de chantier fait danser les franges du dessus-de-lit.
Bienvenue dans mon journal photographique.
*appareil photo