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20 mars 2026

Godefroy

Même si j'ai passé l'âge d'être sifflée dans la rue, la chose m'est arrivée tout récemment. Eh oui, même si l'époque n'est plus à siffler les filles, il y a, dans mon nouveau quartier, quelqu'un qui persiste à continuer cette drague canaille. Son sifflement, je l'ai entendu la première fois un matin, alors que je sortais mon vélo. Et puis quand je suis rentrée, bis repetita. Et ainsi, plusieurs jours. A tel point que je me suis demandée quel était cet oiseau, au chant rond, enchanteur, joyeux. Ce n'était pas le coq du quartier :
Ce n'était pas plus un des corbeaux sectorisant les toits environnants :
Je commençai à en parler à la maison. Oui, il y a un oiseau dans le coin sans doute exotique. Il fait "ilooouuuupe ! Oulipooooo !". On sourit et on voulut bien me croire. Je le rêvai tel un perroquet (car j'adore les perroquets depuis toujours !). Je l'imaginais comme ça :
Et mercredi, alors que je rentrais, j'entends l'oiseau siffler. Aussitôt, je l'imite. Un silence. Il siffle. Je l'imite. Il module. Je remodule. Il siffle comme la première fois, je siffle comme la seconde, il varie son chant, longuement, histoire de me défier, je réplique du tac-au-tac en jubilant. Et là, j'entends un voix d'homme gueuler à son emplumé : "Tais-toi !". Je me tiens en contrebas, sonnée, les mains accrochées au guidon, dans l'épaisseur du silence du maton, à attendre le prochain chant. Mais rien ne vient plus. Dépitée, je rentre à la maison.
Tout en verrouillant mon antivol, j'imagine l'oiseau dans sa cage, la cervelle bouillonnante de sons:
Aujourd'hui, nous avons été au pied de l'immeuble prendre des nouvelles. Comme j'en rêvais, c'est un merveilleux perroquet gris du Gabon, et nous l'appelons Godefroy. Racontant cette petite histoire à mes parents, mon père me narre un souvenir dont lui seul a le secret : Autrefois, j'ai visité une cliente, qui avait à ses pieds un roquet. L'animal n'arrêtait pas d'aboyer, c'était gênant, mais elle n'y prêtait aucune attention. Au bout d'un moment, voyant que ce chien me fatiguait, elle me dit : "Ce n'est pas lui qui aboie, c'est mon perroquet". En effet, au fond de la pièce, dans une cage, un oiseau aboyait. Le roquet, lui, était muet.