16 août 2026

Le bruit des vagues

Hier, c'était La Dolce Vita de Fellini. Jamais vu, jamais pris. Zoom sur les paparazzi, leur fièvre photographique. Autour du cou, des Graflex, des Rolleiflex, des Voigtlander... Coups de flashes, ruptures de pelloche, figures acrobatiques faisant leur effet. Rubini pendant ce temps prend des notes de reporter sur un carnet minuscule. Magnifique Mastroianni... Quelques plans inoubliables (scène de la machine à écrire, scène de l'effraction de la villa, scène de la pluie continue de plumes). J'essaie un Leica IIIC télémétrique, dont la construction est pleine d'astuce, mais l'utilisation, peu compatible du côté de la visée double, avec des verres de correction. Je fais deux films par semaine sur le Rolleiflex, afin d'être de plus en plus à l'aise. Quand je reprends mon appareil numérique principal, je le trouve très léger.
Hâte de revoir l'océan. De flâner, de ne faire que ça, être à la mer.

Pellicule Ilford 400 iso - essai 3 ROLLEIFLEX

De ce reportage aux Tuileries, je retiens des cadrages peu pertinents, une pellicule un brin trop contrastée, mais en ayant un stock, il va falloir s'y faire. La cellule m'aide bien dans les réglages de lumière, j'ai des photos à développer. Maintenant, des douze, je n'en présenterai qu'une. Il s'agit du côté des Tuileries le plus verdoyant. Un des moins fréquentés. Autrefois, j'avais fait des portraits ici avec un appareil photo qui ne m'appartenait pas. Je ne me doutais pas combien la photo deviendrait une activité personnelle.

12 août 2026

Pellicule Ilford 400 iso - essai 2 ROLLEIFLEX

Le Rollei a été armé vers 14h. Je suis partie vers la rue des Poissonniers, et pour la première fois, j'étais équipée d'une cellule Seikonic L-208. J'ai pris en photo des passants et ai évoqué Seydou Keita avec un jeune homme intéressé par l'appareil, qui a posé, et dont je donnerai une photo si réussie quand je repasserai par là. Je suis ensuite allée vers la rue de Clignancourt et ai fini par les abords de la Bibliothèque nationale. Je note tout ça en off ici pour garder en tête cet après-midi d'avant l'éclipse, chaud, solaire, dans un Paris tranquille et vide. Développement en attente Voici le résultat : sur douze vues, cinq seraient présentables. Je vais pouvoir donner sa photo au jeune homme.
J'aime bien celle-ci :

05 août 2026

Regarde bien petit

Une chanson revient souvent. Son pouvoir d'évocation est d'une efficacité totale, cette chanson est photographique. Elle date de 1968, a été travaillée par Brel et Rauber, musicalement. Les paroles remuent ma cervelle, éloquentes de l'absence du frère, de l'observation du vide, du pouvoir de l'imagination, de l'absurde défensive.
Regarde bien, petit, regarde bien sur la plaine là-bas À hauteur des roseaux, entre ciel et moulin Y'a un homme qui vient, que je ne connais pas Regarde bien, petit, regarde bien Est-ce un lointain voisin, un voyageur perdu Un revenant de guerre, un montreur de dentelles ? Est-ce un abbé porteur De ces fausses nouvelles qui aident à vieillir ? Est-ce mon frère qui vient Me dire qu'il est temps d'un peu moins nous haïr ? Ou n'est-ce que le vent qui gonfle un peu le sable Et forme des mirages pour nous passer le temps ? Regarde bien, petit, regarde bien, sur la plaine là-bas À hauteur des roseaux, entre ciel et moulin Y'a un homme qui vient, que je ne connais pas Regarde bien, petit, regarde bien Ce n'est pas un voisin, son cheval est trop fier Pour être de ce coin, pour revenir de guerre Ce n'est pas un abbé, son cheval est trop pauvre pour être paroissien Ce n'est pas un marchand, son cheval est trop clair Son habit est trop blanc et aucun voyageur N'a plus passé le pont depuis la mort du père, ni ne sait nos prénoms Regarde bien, petit, regarde bien, sur la plaine là-bas À hauteur des roseaux, entre ciel et moulin Y'a un homme qui vient, que je ne connais pas Regarde bien, petit, regarde bien Non, ce n'est pas mon frère, son cheval aurait bu Non, ce n'est pas mon frère, il ne l'oserait plus Il n'est plus rien ici qui puisse le servir, non, ce n'est pas mon frère Mon frère a pu mourir, cette ombre de midi Aurait plus de tourments s'il s'agissait de lui Allons, c'est bien le vent qui gonfle un peu le sable Pour nous passer le temps Regarde bien, petit, regarde bien, sur la plaine là-bas À hauteur des roseaux, entre ciel et moulin Y'a un homme qui part, que nous ne saurons pas Regarde bien, petit, regarde bien Il faut sécher tes larmes, y'a un homme qui part Que nous ne saurons pas, tu peux ranger les armes.
Sinon, rien à voir, ce matin, un homme a miaulé pour attirer mon attention et me faire une binette de street lover. Celle-là, on me l'avait jamais faite. Je ne connais pas une femme à qui il vienne l'idée de miauler un cycliste. Bref. Avant-hier, il y avait plein de choses intéressantes à photographier dehors, et seule l'audace manquait. Mais, au bout d'un moment, je me suis bousculée, je ne le regrette pas.

01 août 2026

Pellicule Kentmere Pan 200 Essai ROLLEI

Douze images sur ce film, meilleures sans être intéressantes. Mais bon... des photos réalisées au rolleiflex, dans un arrondissement parisien vide ou presque. Sans cellule, pour aider. Seules deux images sont présentables ici. Au moins je sais maintenant que l'appareil fonctionne plutôt bien, réjouissant.
La lecture de la première image n'est pas simple, aussi voici la seconde.

29 juillet 2026

Un film comme un petit crabe

J'ai récemment acquis à Drouot un Rolleiflex 3.5 A doté de deux filtres vert et orange, d'un sac "toujours prêt", d'une bague parasoleil. L'appareil a été fabriqué entre 1952 et 1954, acheté chez Photo ciné Victoire, 80, rue de la Chaussée d'Antin. La facture tapuscrite est également présente, pliée en quatre, sur un papier jauni. Le nom de son premier acquéreur est donc connu. J'ai cherché quelques infos à son propos, le résultat est mince. La surprise a été de trouver en son cœur une pellicule consommée, récente, de type Lomography. Il y a eu donc au moins un deuxième photographe sur cet appareil. J'ai fait développer ce film couleur. Je viens de passer au positif les images, vite fait à la table lumineuse. Que me raconte le Rolleiflex ? Des images bleues, comme irréelles, qui flanquent la mélancolie, allez savoir pourquoi. Un dimanche à la campagne, une basse-cour, des fleurs, l'été. Trois voitures garées en arrière-plan à l'ombre d'un grand arbre. Les poules. Les oies. Un sexagénaire pose accoudé à une table de jardin en bois lasuré. Deux enfants en bas âge jouent dans une piscine de jouets. On ne voit pas le visage du plus grand. Juste les cheveux. Un homme jeune, qui pourrait être le propriétaire de l'appareil photo, pose sur un canapé, avec une femme (sa mère ?). Le grain des images est grossier, la mise au point est approximative. Ca sent l'essai, le test, la découverte. Cette coloration bleue renforce l'étrangeté de ma situation d'intruse. Je ne sais quoi penser. Sur une des images, en arrière-plan, quelqu'un prend en photo celui ou celle qui tient le Rollei. On dirait une silhouette à la Magritte, de ces hommes qui pleuvent. L'arroseur arrosé. A la vue suivante, ce quelqu'un a disparu.
Comment cet appareil s'est-il retrouvé dans une vente aux enchères regroupant plusieurs appareils photos ? Quand on mange des moules marinières, on trouve parfois sous la chair jaune qui contraste si bien avec le bleu de la coquille un petit crabe, voire plusieurs, hôtes des mollusques. Cette pellicule oubliée, c'est un de ces petits crabes venus d'on ne sait où et dont on ne saura guère plus. Un mystère troublant, à partir duquel germent des scénarios sans avenir. En écoutant

14 juin 2026

Autochromes d'Albert Kahn, ruralité de Madeleine de Sinéty

Au musée Albert-Kahn, je n'étais pas revenue depuis longtemps. Ce matin, le temps était parfait pour redécouvrir ses différents jardins, apprécier les travaux qui l'ont agrandi. Ce lieu est un de ceux que je préfère et je pense y retourner à chaque saison. Rien que pour m'émerveiller des autochromes réalisés par l'équipe du mécène, de par le monde. Sur ce coup, je me suis focalisée sur des portraits de filles ou de femmes, particulièrement vivants.
On peut parcourir ces milliers de photos avec boulimie, ou s'arrêter sur un portrait qui nous touche plus qu'un autre.
Repenser au cours sur les prémices de la photographie. L'invention par Louis Lumière de l'autochrome, dont l'émulsion se fait avec des microparticules de fécule de pomme de terre, colorées diversement, mêlées à une noir de fumée, le tout posé sur plaque de verre.
Après le Kodachrome viendra, puis l'Agfachrome... Mais la fécule de pomme de terre, c'est magique.
Parfois, il y a des accidents, libérant des couleurs pareilles à une flaque de gas-oil.
Et puis des visages s'imposent à nouveau, contemporains
ou étranges, un peu inquiétants.Attentifs, ravissants.
Le reste de la journée s'est égrainé en une sieste monstre, à l'ombre des parasols. Le repassage a été négligé car passait à la télé un documentaire fabuleux sur l'oeuvre de Madeleine de Sinéty. Un seul conseil : le regarder, France Télévisions, Replay. Dernière rencontre du jour : ce chaton aux yeux pareils à des grains de fruit de la passion.

31 mai 2026

Des chats heureux

Le jardin prend des allures de toiles du Douanier Rousseau, où se prélassent à l'ombre deux panthères d'appartement.
Tout a pris du volume. La rose trémière, géante, dont nous parions la couleur des fleurs, la mauve de notre ancienne rue, dont nous avons tenté des graines. Les aromates, extravagants, notamment la menthe, dans laquelle la minette a fait son nid.
Bref, tout est verdoyant, plein de force.
De fait, je fais des thés à la menthe plus que d'habitude, des taboulés, des pestos, et les salades sont pleines de saveurs (merci l'hysope).

24 mai 2026

Le qi, Niepce et Moriyama

A cet instant, tes mains s'appliquent à se crisper, puis à se détendre, puis tu t'élances en avant comme le ferait un tigre. Répètes le mouvement plusieurs fois, regardes tes notes. Reprends. Ainsi, multiplies-tu les figures dans leurs moindres détails pour tes examens à venir. Tu suis le trajet des points d'acupuncture, tu en apprends les noms chinois. Cinq animaux, Huit pièces de brocart... Le qi gong t'a permis de résister au désarroi, d'endurer bon an mal an, il y a des années. Puis de te prendre au jeu, quand l'énergie a surgi, que tu as su la maîtriser, en ressentant tous les bienfaits. Décidément, la vie est étonnante.
A cet instant, je repense à l'expo consacrée à Daido Moriyama ouverte à la Fondation Cartier-Bresson, vue il y a quelques heures. Au-dessus de son lit, une reproduction de la première photo au monde, celle que Niepce a prise de chez lui (Point de vue du Gras).
Il l'a photographiée, à plusieurs reprises, sous plusieurs lumières, au Japon. Puis s'est déplacé à Saint-Loup-de-Varenne, pour photographier à son tour cette vue. Est allé jusqu'aux USA photographier la plaque de verre de cette image obsessionnelle.
Mais évoquer cette tocade pour Niepce serait réduire le travail du photographe. Ses images dites ratées, ses flous, ses décadrages efficaces. Ses autoportraits, magnifiques.

20 mai 2026

Du fond d'une boîte de thé, le Luxembourg

Fabriquer un sténopé est une expérience photographique amusante. On s'attache vite à cette boîte de thé vide, que l'on a trouée exprès avec une perceuse pour bijoux. On a posé un obturateur, un aimant, que l'on a fixé au scotch, avant que d'insérer le plan film 4x5. Ensuite, il convient d'expérimenter cette camera obscura dehors. Nous, c'était au Luxembourg, un soir de mai frisquet, entrecoupé d'abats d'eau.
Au travers d'un tout petit trou, une minute d'exposition suffit pour impressionner le film et rendre compte de la pluie, du sol détrempé, des arbres goutteleux. La lumière filoche. La deuxième prise est plus floue. Le bon bain de soleil d'arrière-plan n'est pas évident, le premier plan... embrumé : insatisfaction.
Le dernier film a été posé devant la fontaine Médicis, dont le fantôme semble planer. Marrant, l'eau est lisse, comme gelée, temps de pause.
J'ai hâte de recommencer l'expérience au plan film 4x5, qui permet d'avoir plus de détail que le sténopé déroulant une pellicule de 120. J'aime dans le sténopé les perspectives explosées, les valeurs de gris réduites, la trouée du ciel, l'aspect vieillot de l'ensemble, qui me fait rêver. Il y a plein de choses à apprendre encore de ces boîtes de thé.
Katcharpari, pour bande-son. Enrico Rava svp.