29 juillet 2026
Un film comme un petit crabe
J'ai récemment acquis à Drouot un Rolleiflex 3.5 A doté de deux filtres vert et orange, d'un sac "toujours prêt", d'une bague parasoleil. L'appareil a été fabriqué entre 1952 et 1954, acheté chez Photo ciné Victoire, 80, rue de la Chaussée d'Antin. La facture tapuscrite est également présente, pliée en quatre, sur un papier jauni. Le nom de son premier acquéreur est donc connu. J'ai cherché quelques infos à son propos, le résultat est mince. La surprise a été de trouver en son cœur une pellicule consommée, récente, de type Lomography. Il y a eu donc au moins un deuxième photographe sur cet appareil. J'ai fait développer ce film couleur. Je viens de passer au positif les images, vite fait à la table lumineuse. Que me raconte le Rolleiflex ? Des images bleues, comme irréelles, qui flanquent la mélancolie, allez savoir pourquoi. Un dimanche à la campagne, une basse-cour, des fleurs, l'été. Trois voitures garées en arrière-plan à l'ombre d'un grand arbre. Les poules. Les oies. Un sexagénaire pose accoudé à une table de jardin en bois lasuré. Deux enfants en bas âge jouent dans une piscine de jouets. On ne voit pas le visage du plus grand. Juste les cheveux. Un homme jeune, qui pourrait être le propriétaire de l'appareil photo, pose sur un canapé, avec une femme (sa mère ?). Le grain des images est grossier, la mise au point est approximative. Ca sent l'essai, le test, la découverte. Cette coloration bleue renforce l'étrangeté de ma situation d'intruse. Je ne sais quoi penser. Sur une des images, en arrière-plan, quelqu'un prend en photo celui ou celle qui tient le Rollei. On dirait une silhouette à la Magritte, de ces hommes qui pleuvent. L'arroseur arrosé. A la vue suivante, ce quelqu'un a disparu.
Comment cet appareil s'est-il retrouvé dans une vente aux enchères regroupant plusieurs appareils photos ? Quand on mange des moules marinières, on trouve parfois sous la chair jaune qui contraste si bien avec le bleu de la coquille un petit crabe, voire plusieurs, hôtes des mollusques. Cette pellicule oubliée, c'est un de ces petits crabes venus d'on ne sait où et dont on ne saura guère plus. Un mystère troublant, à partir duquel germent des scénarios sans avenir.
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Oui mais : la tête réjouie de ce gamin !!
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