Affichage des articles dont le libellé est chat ; Sirli. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chat ; Sirli. Afficher tous les articles

15 mai 2026

Sirli, le modèle félin

Sirli est né quelque part vers Amiens, un matin d'avril. A eu le temps d'apprendre le B.A-BA du parfait chaton puis a été attrapé par la peau du coup et placé prestement dans une panière. Voyage entre deux poteaux gainés de bas de contention jusqu'à Madame Chen, une mère-chat des faubourgs parisiens. D'une boîte en osier, le chaton est passé à une cage étroite, empilée sur d'autres, toutes regroupées dans une véranda décorée de potiches bleues. Au travers de ses murs de verre strié, les frondaisons s'agitaient. La pluie battait. Caquètement des poules occasionnel, téléphone strident. Il y avait là en tout une dizaine de captifs en attente d'adoption. Trois matous matons de La Chen somnolaient, étalés à l'entresol. Bien placées haut, une perruche omnicolore et une tourterelle couleur de plomb, au chant rare, étaient arrivées ici blessées, puis gardées. Comme des lunes. La tournée des gamelles était régulière, attendue. Inoubliée. Dans l'attente de son tour, on pouvait observer La Chen abonder en pâtée, croquettes et câlineries. Parfois, des gens passaient et repartaient avec un chat. Les semaines passaient. Sirli, que l'on appelait encore Le Gris, comptait les absents, toisait les nouveaux. Se sentait à l'étroit dans sa geôle. Il changea ainsi trois fois de cage durant le printemps et l'été 2016. Quand j'ai fait sa connaissance, il s'évertuait à dézinguer le plancher de sa cellule. Son costume milleraies, son regard à la Jean-Pierre Léaud m'ont plu illico. Ce chat était parfait pour mes parents... Les mots fusèrent : Nous ne voulons pas de chat, nous sommes trop vieux, nous ne voulons pas de chat, nous allons mourir bientôt, nous ne voulons pas de chat, nous sommes trop vieux, nous ne voulons pas de chat (en revanche, le chat du voisin est bienvenu : ce n'est pas pareil). C'est ainsi que Le Gris est devenu Sirli, l'alouette familière des cruciverbistes. Son arrivée a été mal vue par Cocaïne. Il y a eu de la chique et du mollard, des kscchhh et du parquet rayé, puis les deux corps se sont resserrés aux heures frileuses et depuis, on se supporte, on joue, on se tire la bourre, on se tortille sur la terre sèche du jardin avec des airs zinzins, on poursuit ma tendresse, impérativement. Dans la fourrure de ces deux, tant de secrets. Et ainsi la vie passe.