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17 mai 2026
Chaâbi à l'eau de rose
Ce week-end, ceux qui sortirent du métro en milieu d'après-midi purent se sentir plus vivants que jamais. Un mariage oriental accompagné d'un orchestre traditionnel avait pris possession des lieux : des cordes, des bois, des percussions. De la joie pure, pour tous. En tête du cortège, la mariée dessinait de ses bras autant de vrilles de la vigne. Chaâbi ensorcelant. Impossible de rester de marbre, d'ailleurs, des gens étrangers à la noce se reliaient aux volutes de la jeune femme en dansant à leur tour. Une 404 rutilante, blanche, attendait au bout du chemin les mariés. Sur mon vélo, passant par là, j'ai tout bu jusqu'à la dernière goutte.
Je n'ai pas pris de photo, alors écoutez Alaoui de l'orchestre national de Barbès, par exemple, pour imaginer le reste. Là où je vis, les boucheries sont halal, les pâtisseries, orientales et le marché regorge de denrées introuvables là où je créchais avant, à six kilomètres. Entre les deux adresses, je préfère la nouvelle, ne serait-ce que pour son ciel, favorable à la croissance de la menthe, et à celle de l'hysope. Je vis dans un monde industriel en cours de disparition.
Il y a toujours des jardins ouvriers ici. Chaque parcelle y a son figuier. Ses rosiers. Son pied d'estragon. Sa vigne. J'adore me balader là.
Je me retrouve alors bien loin, dans un coin de campagne perdu.
On peut lire en plusieurs endroits de la ville des listes d'habitants, qui furent décimés ou déportés durant la Seconde Guerre mondiale. J'y recherche des noms croisés au cours de mes recherches mémorielles. Peut-être l'acte de photographier est-il à relier à cette nécessité de ne pas oublier.
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