16 juillet 2026

Hors champ 5 : D'Odette, l'écho du passé

Marie, Marie, quel visage aviez-vous ? Comprendrais-je en vous voyant le mystère de cette histoire de guerre et d'ombre ? Aux archives de la police, j'ai consulté un dossier des renseignements généraux, qui la signale ainsi :
Cette description elliptique, qui a été établie lors de l'avis de recherche, suffit à la figurer. Je suis tant en quête d'une image, je ne me pose pas encore la question : qui l'a ainsi identifiée ?
Sachant qu'elle avait mis au monde une fille, je me mis en tête de retrouver cette dernière. Au sein des archives de Paris, je multipliais les demandes de copies d'actes de naissance, lesquels peuvent porter en leur marge des informations : date et lieu de mariage, notification de divorce, citation du décès. Retrouver une descendante, c'est avoir un autre son de cloche, c'est élargir l'angle de réflexion, permettre les confrontations, soutenir les hypothèses. Dans ma boîte aux lettres tombèrent les actes de naissance de tous les nourrissons de sexe féminin nés à Paris entre 1925 et 1930 homonymes de l'enfant de Marie. J'en suis venue à supposer sa venue au monde dans une ville de banlieue sud. Je constatais avec regret l'opacité des archives en ligne des Hauts-de-Seine. L'historien me dit : Contactez Untel, il a grandi à Châtenay, je l'ai même marié, c'est dire. Il a pu connaître Marie dans l'enfance. Vous verrez bien. Et me voilà, écrivant ma bafouille à un éminent professeur de la Sorbonne, spécialiste de la mémoire, fortement impliqué dans l'après 13 novembre. Assez rapidement, il me répondit : J’ai un souvenir très lointain. Mais je ne vois pas où vous pourriez trouver des sources. J’imagine que vous trouverez des choses dans les archives de la Préfecture de police de Paris... Et comme elle était à Châteaubriant, Odette Nilès, toujours vivante, en a peut-être gardé souvenir. La fille de Marie vient de décéder à l’âge de 91 ans. je ne pense que la famille ait conservé des archives. Il faudrait évidemment avoir accès à la biographie du Komintern. Damned ! J'ai raté la fille de Marie ! Si ça se trouve, elle aurait pu m'apprendre plein de choses passionnantes ! Mince... La boîte aux lettres recrachait encore quelques faire-parts de naissance, tous inutiles. Surannés. Je rentris en contact avec la petite fille d'Odette Nilès, laquelle me rappela alors que j'étais en pleine rue. Je me réfugiais dans un immeuble boulevard Magenta. Devant des boîtes aux lettres, j'expliquais à ma correspondante le sens de ma recherche. Elle apparut intéressée, et m'annonça que sa grand-mère est toute proche, qu'elle écoutait notre conversation. La “petite fiancée“ de Guy Môquet se souvenait de Marie, qui était une “petite mère“ pour elle et ses compagnes d'infortune. Elle évoqua sa gentillesse, sa douceur. Le portrait naissait sous mes yeux : plutôt grande, un visage long, le teint mat, des yeux sombres, douce, protectrice des plus jeunes, dans cet internement politique imposé à des centaines de femmes dès 1940. Note : Cette série Hors champ accompagne la parution prochaine de mon texte, La Machine à écrire.

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